de la transmission claudine blanchard laville

« La volonté de transmettre n’est pas la transmission. Comme le rêve, la transmission ne se commande pas ; on s’en donne les éléments, et ça se fabrique ailleurs, chez l’autre, et même chez l’autre de l’autre. Transmettre est donc, non pas de l’ordre du vouloir, mais de celui de pouvoir transmettre, ce qui ne s’opère pas sans une certaine passivité active, inconsciente, et une capacité à tolérer le manque : à savoir, à maîtriser, à être rassuré. Seuls s’observent les effets d’après coup. (Du rêve à la transmission. Chapitre 2. Page 26)

Christian Vasseur dans Vermorel, H. et Guillaumin, J.-B. (dir.). (2006). Jean Guillaumin. Entre rêve, moi et réalité. Paris : In Press éditions.

L’envie de revisiter l’ensemble de mes publications dans un nouvel après-coup a surgi pour moi depuis quelque temps. Cette propension à reconsidérer périodiquement mon travail passé pour le relire à la lumière du présent et ainsi le projeter vers l’avenir n’est pas nouvelle ; plusieurs de mes écrits témoignent des reprises élaboratives que j’ai conduites à intervalles réguliers tout au long de mon parcours professionnel. Au moment de  la soutenance de mon Habilitation à Diriger des Recherches en 1990 — dans ce cas, il s’agit quasiment d’un exercice imposé — en 2001, lors de la publication de mon livre Les enseignants entre plaisir et souffrance, en 2003 pour le premier symposium clinique du REF autour de l’évolution de mon rapport au savoir, en 2009 lors de l’entretien réalisé par Philippe Chaussecourte pour la revue Cliopsy, en 2013 pour un autre symposium clinique du REF dix ans après le premier, cette fois-ci autour de l’évolution de mon écriture, en 2016 et en 2017 pour des conférences qui m’ont été demandées à Lille et à Paris 13 dont les intitulés étaient respectivement « Sciences de l’éducation et clinique psychanalytique » et « Trajectoire de recherche et mise en perspective biographique ». 

Aujourd’hui, sans prétendre à une quelconque exhaustivité, et sans que ce nouvel arrêt sur images de mon parcours soit le signe d’un désir de conclure, le besoin s’est fait plus insistant d’englober dans cette relecture l’ensemble de mes activités professionnelles depuis les années 70, en y ré-intrégrant les publications du tout début de ma trajectoire professionnelle et en parcourant ainsi un empan de 50 années. 

Je voudrais souligner néanmoins que cette réalisation n’entraîne pas pour moi un sursaut de nostalgie alors même qu’il s’agit d’exhumer des éléments enfouis, refoulés ou encryptés, dans la mesure où elle est constitutive d’une nouvelle lisibilité de l’évolution de mes préoccupations théorico-cliniques. Il s’agit de déchiffrer ce qui a sous-tendu souterrainement tout ce parcours professionnel, en essayant d’atteindre les différentes strates des ressorts sous-jacents à son évolution. Je veux considérer à nouveaux frais l’ensemble de mes écrits et tous les dispositifs que j’ai construits chemin faisant avec mon regard d’aujourd’hui, un regard moins clivé entre ce qui relève du registre privé ou personnel et ce qui relève du registre professionnel, pour  redonner toute leur épaisseur à la genèse de mes préoccupations et à leur évolution dans le temps. Cette relecture s’inscrit sous l’angle d’une réflexion concernant les questions de transmission, et en particulier en analysant la genèse et l’évolution des dispositifs que j’ai construits pour la transmission. 

Depuis l’instant où a émergé ce projet, j’ai souhaité être accompagnée pour le mener à bien par les personnes avec lesquelles s’est poursuivie une coopération de travail depuis la fin de leur thèse. Il m’est apparu tout de suite nécessaire de construire cette relecture de mon travail en interaction avec elles. Le besoin d’avancer en m’appuyant sur des relations intersubjectives fortes constitue une autre de mes spécificités. Être portée par des liens transférentiels stimulants me rend plus vivante, plus active et met en mouvement ma capacité à penser. C’est ce qui m’a conduite au programme ci-dessous établi sous forme de six rencontres dialoguées.

Claudine Blanchard-Laville, Juillet 2020